"Qualité Environnementale des Bâtiments", en route vers les indicateurs de performance
L’isolation des bâtiments est devenue un enjeu majeur avec les contraintes écologiques contemporaines. En effet, une bonne isolation est synonyme de nombreux avantages, à la fois sur le plan économique avec une facture de chauffage moindre et sur le plan environnemental grâce à la diminution des émissions de CO2. Lire la suite| Retour à l' accueil |
Total investit dans le haut de gamme du photovoltaïque
Par Raymond Bonnaterre le 29 avril 2011 | (3) Commentaires | Permalink
Total vient d'annoncer qu'il allait lancer une OPA amicale sur 60% des actions en circulation de l'américano-philippin Sunpower et apporter à sa future filiale une garantie financière pouvant atteindre un milliard de dollars. Cette décision confirme l'engagement surprenant, sinon anachronique°, de Total dans le développement de la technologie Silicium cristallin, spécialité majoritairement chinoise ou taïwanaise. Elle vient également marquer une étape importante dans le parcours boursier parfois chaotique de cet acteur du photovoltaïque mondial.
Il faut reconnaître que Sunpower, acteur de deuxième division en volume (650 MW/an et 1 GW semble-t-il à la fin de l'année), situé dans le TOP 20 du business du photovoltaïque mondial, ne manque pas d'attraits. C'est le fabricant qui présente le module () le plus puissant commercialisé au monde avec une puissance électrique nominale de 320 W. Cette performance est atteinte grâce à l'utilisation de Silicium monocristallin qui permet d'atteindre un taux de conversion en module de 19,6%, associée à l'adoption d'un grand format de 5 X 3 pieds de 1,63 m2 qui comprend 96 cellules photovoltaïques connectées. Sunpower est le premier constructeur qui a compris que la puissance unitaire des modules est un facteur primordial de réduction des coûts dans les opérations de pose des modules sur site et qui l'a mis en application.
Par contre avec un coût par watt moyen des modules de 1,71 dollar à fin 2010 qu'il espère ramener à 1,48 dollar par watt à la fin de l'année la technologie de Sunpower est chère. Il voudrait atteindre 1,08 dollar par watt en 2014, ce qui apparaît bien tardif. First Solar avec sa technologie en couches minces Cd-Te est à 0,75 dollar par watt et les grands constructeurs chinois en technologie silicium cristallin annoncent dès à présent des coûts autour du dollar par watt.
Les produits de Sunpower sont donc parfaitement adaptés au marché des équipements domestiques, là où la surface de toiture disponible est souvent restreinte. Ils sont de façon générale très performants là ou la surface disponible est limitée (ex. toiture d'un centre commercial (Casino), parking, usine) et permettent d'offrir une puissance largement supérieure à celle d'une proposition concurrente, ce qui peut être un argument orientant le choix vers cette solution. Par contre leur attractivité est moindre dans les fermes solaires disposant de larges espaces, où les prix sont déterminants. Pour 2011 cette Société envisage de répartir son chiffre d'affaire à parts égales entre les deux types de marchés. Le volume commercialisé se situerait entre 800 et 900 MW.
Bien sûr rien n'est encore annoncé chez Total en termes de rationalisation industrielle et commerciale. L'acquisition d'un acteur cinq fois plus gros que Tenesol, récemment cantonné chez Total, ne sera pas neutre à terme sur l'organisation du pôle solaire du pétrolier. L'industrie des composants photovoltaïques compte un trop grand nombre d'acteurs dans le monde, une rationalisation avec disparition des plus fragiles, va obligatoirement s'imposer.
L'adossement de Sunpower à un très riche propriétaire doit lui permettre d'investir dans la construction et l'exploitation de fermes solaires, ce que font certains gros concurrents à la recherche d'un nouveau business model plus lucratif et moins cyclique.
°Remarque: le grand pétrolier Shell a fait un autre choix que celui de Total en se lançant avec sa filiale japonaise Showa-Shell dans une technologie en couches minces (CIGS) qui présente de bien plus grandes potentialités en termes de coûts et de progrès techniques. Ce choix est également celui de Saint-Gobain en Allemagne et en Corée.
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Le 29 Avril 2011
Voir aussi : solaire
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Le désarroi énergétique mondial est illustré par l'ascension des cours du pétrole
Par Raymond Bonnaterre le 28 avril 2011 | (4) Commentaires | Permalink
Au lendemain d'une crise économique profonde, les Occidentaux découvrent un monde profondément transformé, où les incertitudes politiques font peser une menace sur leurs approvisionnements en pétrole et en gaz naturel et où les catastrophes les font douter sur certains choix technologiques structurants tels que le forage offshore ou le nucléaire. Ce changement de climat apparaît dans les discours du Président Obama qui adhère à son tour aux objectifs d'indépendance énergétique nord-américaine, poussé par la politisation des prix de l'essence à la pompe présentés par l'opposition républicaine comme la conséquence des choix ineptes de son Administration. Alors que dans un tel climat d'incertitudes où flambent les prix de l'énergie et autres commodities, on attendrait un discours de la FED prudent et restrictif pour essayer de calmer un tant soit peu le jeu, c'est l'inverse qui est décidé, avec une politique inflationniste traditionnelle qui alimente à grands seaux de dollars la spéculation mondiale. Les profits des Pension Funds passent avant la maîtrise des révoltes populaires d'Afrique ou du Moyen-Orient.
De façon évidente, pour se protéger de la faiblesse pilotée du dollar, il faut acheter du papier adossé aux produits pétroliers dont les cours à la hausse confirment l'évidence des risques géopolitiques mondiaux et justifient la démarche. Ce mouvement d'auto-allumage spéculatif "liquidités-achats-gel des stocks-hausse des cours" est toujours d'actualité sur les produits pétroliers, en Europe sur le Brent coté à Londres ou sur le fuel à Rotterdam, aux États-Unis sur l'essence. Le dollar plonge et le baril de Brent s'apprécie, mouvement synchrone préféré des milieux financiers en quête de plus-values rapides et peu risquées (FIG.)
L'US Index coté sur l'ICE qui valait 88$ en Juin 2010 a atteint la zone des 73 dollars cette semaine (FIG., courbe verte, échelle de droite), dévaluation du dollar de 17% vis à vis d'un panier de monnaies dont l'euro, la livre sterling, le Yen et autres couronnes ou francs suisses. En contrepartie une appréciation continue du baril de Brent est observée (courbe rouge, échelle de gauche). Elle n'a aucune raison de s'arrêter sur fond de révoltes populaires possibles dans certains grands pays producteurs de l'OPEC, que ce soit en Afrique de l'Ouest, en Afrique du Nord ou au Moyen-Orient.
Pour observer un renversement de tendance il faudrait voir apparaître des politiques tendant à calmer les consommations en Asie et surtout aux États-Unis. La Chine nous dit-on, préparerait un tour de vis pour calmer l'inflation, mais il n'apparaît pas que les américains veuillent rapidement réduire leur gaspillage, malgré quelques appels des plus sages, peu audibles, à plus de parcimonie.
En attendant certains en profitent. C'est le cas de la Russie qui détient pour une large part les clés du pétrole et du gaz pour l'Europe et de plus en plus pour l'Asie. Elle exporte à tout-va à tel point que la pénurie en carburants pointe sur son territoire. La facture énergétique de notre pauvre pays, tétanisé par des idéologies de tous poils, va s'en trouver fortement plombée. Citoyens, il va falloir un jour faire sonner le réveil.
Le 28 Avril 2011
Voir aussi : énergie fossile
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Comment convertir une source d'énergie intermittente en une ressource de base
Par Raymond Bonnaterre le 25 avril 2011 | (21) Commentaires | Permalink
En ces temps de dénigrement électoralistes des ressources électronucléaires où l'on voit d'anciens chevaux-légers de la droite chiraquienne, candidats virés au vert, surfant sur la vague d'émotion issue des calamités japonaises, il est peut-être opportun de rappeler les contraintes physiques qui pèsent sur la conversion d'une ressource énergétique intermittente en une ressource de base mobilisable 24 heures sur vingt quatre. Bien entendu ce genre de considération n'intéresse quasiment personne puisque les concepts d'éolien et de solaire qui rappellent les vacances en planche à voile constituent à eux seuls un argument pertinent. Remplacer ce truc qui irradie et qui explose (vu à la télé) remplacé par la plage...le pied!
Et pourtant! Toute ressource énergétique présentant un taux de charge (C = ratio entre le nombre d'heures opérationnelles pondérées à 100% de la puissance nominale sur les 8760 heures annuelles) inférieur à un, doit être dimensionnée en conséquence pour assurer un service continu. Prenons l'exemple plutôt favorable de l'éolien offshore en Mer du Nord. Il est vendu pour assurer l'équivalent de pleine charge 3500 heures par an ce qui conduit à un taux de charge moyen annuel de 3500/8760= 40% (remarque: l'éolien français présente un taux de charge moyen de 22% publie RTE). Tout élève de classe préparatoire aux Grandes Écoles (ancien niveau des classes du Certificat d'Études et du terrible problème des baignoires qui se remplissent et se vident à la fois) vous apprendra que pour convertir cette énergie intermittente en ressource continue il sera nécessaire d'installer au moins une puissance de génération Pi qui sera 1/0,4=2,5 fois supérieure à la puissance P continue désirée.
Entre la génération et l'utilisation il sera nécessaire d'installer un moyen de stockage en tampon (voila la baignoire) qui stockera l'énergie intermittente non utilisée pour la restituer durant les périodes sans vent ou sans soleil. Bien sûr cette opération stockage-génération présente un rendement électrique global R inférieur à un.
En écrivant que l'énergie stockée annuellement qui est proportionnelle à (Pi-P) x C doit être au moins égale à celle délivrée corrigée du rendement de stockage-génération qui est proportionnelle à P/R x (1-C) on peut établir que la puissance à installer Pi doit être au moins égale ou mieux supérieure au résultat donné par la relation:
Pi > P + P (1-C)/RC
Alors pour poursuivre notre exemple on va supposer qu'avec l'énergie éolienne on va produire par électrolyse de l'hydrogène avec une tension d'électrolyse industrielle de 2,5V et que cet hydrogène stocké et comprimé sera utilisé dans une batterie de Piles à Combustible en remplacement des éoliennes défaillantes avec une tension de cellule de 0,9V. On voit que le rendement électrique global du cycle production d'hydrogène, compression, génération sera inférieur à 0,9/2,5= 36% que nous allons choisir forfaitairement à 33% (les deux tiers de l'énergie générée par les éoliennes sont transformés en chaleur dans l'électrolyse et dans la PAC). Le calcul réalisé avec C=0,4 et R=0,33 montre qu'il faudra au moins installer une puissance éolienne 5,5 fois supérieure à la puissance continue désirée et en parallèle d'une unité de stockage génération de puissance nominale.
Remarques: certains comme le Fraunhofer proposent une étape supplémentaire de synthèse de méthane avec l'hydrogène et du CO2 (FIGI). Ce méthane est donc stockable, compatible avec le biogaz allemand et utilisable dans des centrales thermiques à cycle combiné. Avec cette étape chimique supplémentaire le rendement électrique global aurait du mal à excéder les 33%.
Bien sûr dans ce calcul simple il n'y a aucun stock de sécurité pour assurer la jointure en cas d'absence de vent prolongée.
A tout individu clamant haut et fort qu'il faut sortir du nucléaire, posez lui une seule question simple: Comment? S'il vous répond vent ou soleil demandez-lui de vous faire un devis.
Je vous rappelle pour vos calculs que le nucléaire français a généré en 2010 une énergie électrique de 415 TWh (sur un total de 551 TWh produits), ce qui fait une puissance moyenne à remplacer de 415/365/24 = 47 GW avec des pointes d'énergie en hiver pouvant atteindre sur un mois les 44 TWh soit une puissance moyenne de 44/31/24= 59GW.
Le 25 Avril 2011
Voir aussi : éolien
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Miniaturiser le procédé Fischer-Tropsch pour application à des unités de faibles capacités
Par Raymond Bonnaterre le 24 avril 2011 | (1) Commentaires | Permalink
Les procédés Fischer-Tropsch qui consistent à dégrader radicalement avec de l'eau une ressource organique (biomasse, charbon, gaz naturel ou biogaz) en un mélange de gaz CO et H2 (syngas ou gaz à l'eau), puis à recomposer catalytiquement des paraffines à partir de ce mélange pour ensuite par cracking catalytique produire des carburants et autres produits pétroliers, souffrent tous d'une contrainte: la taille gigantesque des installations et des investissements. Il suffit de se reporter aux énormes investissements réalisés par le Qatar avec Shell pour s'en convaincre.
Cependant il existe de nombreux cas où la miniaturisation du procédé serait une opportunité. C'est le cas par exemple de la valorisation des gaz associés à l'exploitation de gisements pétroliers qui sont soit brûlés par torchage soit réinjectés dans le sous-sol. C'est le cas des projets qui désireraient transformer la biomasse en carburants (BTL) qui se heurtent au problème insoluble de logistique d'approvisionnement des millions de tonnes de biomasse qui seraient nécessaire pour alimenter une unité industrielle. C'est le cas général pour tout gisement modeste de gaz éloigné d'un réseau de gazoducs ou d'un port équipé d'une unité de liquéfaction.
Oxford Catalyst dispose d'une technologie (Velocys) qui repose sur la mise en œuvre de réacteurs compacts (FIG.I) composés de canaux de faibles sections (microchannel) dont les parois sont revêtues de catalyseurs. Cette technologie permet de réduire les temps de réaction et donc de miniaturiser les équipements. Après plusieurs années portant sur la mise au point et l'optimisation des procédés, associée aux japonais Toyo Engineering et Modec, filiale du Groupe Mitsui, Oxford Catalyst annonce le démarrage de la construction d'une unité de démonstration dans une raffinerie de Petrobras au Brésil. Cette unité composée d'un Steam Methane Reformer (SMR) produisant le mélange gazeux et d'un réacteur Fischer-Tropsch conduisant à des paraffines devrait être opérationnelle au mois de Septembre pour entreprendre une campagne de validation de neuf mois.
A terme l'objectif est d'équiper une plateforme flottante (FPSO) de ce type d'équipements pour transformer le gaz en un mélange de paraffines qui serait ensuite valorisé avec le pétrole brut extrait. Rappelons que ce sont 150 milliards de m3 ou 5% du gaz naturel produit dans le monde qui sont brûlés annuellement dans les torchères selon les estimations réalisées à partir des observations par satellites (TAB.). La Russie, l'Afrique et le Moyen-Orient sont les grands acteurs du torchage dans le monde.
En parallèle, Oxford Catalyst gère des projets de Biomass To Liquid en Autriche et de production de bio-kérosène aux États-Unis.
Pour en savoir plus il faut , mais aussi une excellente vidéo qui illustre .
Le 24 Avril 2011
Voir aussi : bio-carburants | énergie fossile
France: l'INSEE prévoit un tassement de la croissance de la population en âge de travailler
Par Raymond Bonnaterre le 22 avril 2011 | (1) Commentaires | Permalink
En 2010, nous dit l'INSEE, la France métropolitaine comptait en moyenne 28,35 millions d’actifs au sens du BIT dont 25,7 millions avaient un emploi et 2,65 millions étaient chômeurs. En dix ans, la population active, qui rassemble la main-d’œuvre disponible pour contribuer à la production, a augmenté de 2,1 millions de personnes. À l’horizon 2025, selon le scénario central de projection, la population active pourrait gagner près de 1,7 million de personnes, atteignant 30 millions soit une croissance annuelle moyenne de 110 000 personnes (FIG.I).
Cette projection moyenne tient compte de nombreux paramètres dont les plus déterminants sont l'âge de départ à la retraite, l'apport migratoire (100 000 par an dans le scénario central), la fécondité, le taux d'activité des femmes aux âges de la maternité, le développement de l'apprentissage, etc.
Il ressort de cette étude, outre le tassement de la croissance de cette population active, un point important qu'est son vieillissement. Ceci est illustré par la part des plus de 55 ans qui devrait passer de 12,4% en 2010 à 18,6% en 2030 (FIG., courbe rouge, échelle de droite).
Un autre point à souligner est l'importance des apports migratoires. Dans un scénario d'apport de 150 mille personnes par an il ressort que la population active serait majorée, par rapport au scénario central, de 610 mille personnes en 2030 et de près d'un million en 2040.
L'INSEE ne sait pas nous dire quelle sera la proportion de chômeurs réputés "actifs" dans tout cela. Il faut espérer qu'une réduction du rythme de croissance de la population active se traduira à terme par une réduction du nombre de chômeurs dans notre pays, à condition que le cadre règlementaire français progresse vers une configuration plus favorable au travail et moins à la rente de tous poils (LIRE "Le Socialisme de l'Excellence" de Jean-Marc Daniel).
LIRE .
Le 22 Avril 2011
Voir aussi :
Investissements mondiaux dans les énergies renouvelables: un premier trimestre 2011 en demi-teinte
Par Raymond Bonnaterre le 21 avril 2011 | (5) Commentaires | Permalink
Après un quatrième trimestre 2010 qui avait enregistré des investissements mondiaux records dans les énergies renouvelables, atteignant les 47 milliards de dollars selon Bloomberg New Energy Finance, le premier trimestre 2011 avec 31 milliards de dollars, apparait globalement en retrait. Ce résultat provient bien sûr des anticipations des investisseurs qui ont voulu en 2010 profiter des généreux avantages tarifaires dans le photovoltaïque ou l'éolien encore en vigueur en Allemagne, Italie, France, Grande-Bretagne et Tchéquie. Mouvements opportunistes qui avaient amené l'Administration française, par exemple, à décréter un moratoire sur la longue liste des projets photovoltaïques en attente. Ce ralentissement dans les investissements provient aussi d'un ralentissement de l'éolien américain qui pâtit de la concurrence tarifaire des centrales au gaz naturel. Ces difficultés dans ce secteur se retrouvent par exemple dans les comptes trimestriels de GE qui enregistrent une baisse de rentabilité de la Division Energy Infrastructure, attribuée entre autres à un business éolien peu allant.
Par contre les investissements en Chine, au Brésil et dans l'éolien offshore allemand se portent bien. Il semblerait que seuls les pays riches, soucieux de leur standing, peuvent entretenir ces écologiques dépenses, danseuses pacifiques des temps modernes qui recyclent leurs profits commerciaux.
LIRE le papier de sur le sujet.
Voir aussi :
Le prix de l'essence à la pompe est un signal fort qui fait réagir le consommateur
Par Raymond Bonnaterre le 18 avril 2011 | (1) Commentaires | Permalink
Tout le monde a bien conscience que les prix de l'essence à la pompe est un paramètre du premier ordre qui agit à court-terme sur le comportement du consommateur qui va limiter ses trajets en voiture, à moyen-terme sur ses décisions au travers de l'achat d'un véhicule moins lourd, diesel ou hybride par exemple et qui incite les constructeurs de véhicules à adopter des démarches marketing privilégiant l'efficacité énergétique de leurs modèles par rapport à d'autres caractéristiques plus sportives. Les normes et autres contraintes administratives viennent appuyer et renforcer ce mouvement généralisé vers les économies de carburant dans le transport routier. C'est un phénomène mondial qui tend à réduire les consommations de carburants dues à l'élargissement du parc et à l'accroissement du trafic particulièrement vifs en Asie par exemple.
Il a été montré ici récemment que la consommation d'essence aux États-Unis avait atteint un maximum il y a de cela quatre ou cinq ans et qu'elle était passée en phase de décroissance. L'impact des prix des carburants, des normes et des nouveaux véhicules plus économes en carburants ont pris le dessus dans ce pays sur un éventuel accroissement du parc automobile, associé à l'accroissement de population.
Remarque: il n'est pas certain que depuis 2008, en raison de la crise, le parc automobile américain se soit accru. Ce que l'on sait (FHA), c'est que le trafic à 3000 milliards de miles sur les douze derniers mois est inférieur d'un point de pour-cent à celui enregistré à fin 2007. La baisse du trafic américain avait débuté dés la fin de 2007, donc bien avant la crise, sous l'impact des prix des carburants.
Les tendances depuis le début de l'année sur les prix des carburants aux USA (FIG.I) ne sont pas de nature à faire repartir ces consommations.
En effet il est possible de noter que les cours de l'essence sur le NYMEX (courbe rouge) se sont ajustés sur les prix marginaux de l'essence en Europe qui dépendent des cours du BRENT (courbe noire). Il en est résulté un fort accroissement des marges de raffinage (distance entre la courbe rouge et la courbe bleue) qui s'est immédiatement répercuté sur les prix à la pompe. Il fallait 40$/baril en début d'année pour passer du prix du baril de pétrole WTI (90$) à celui la pompe (130$), il faut maintenant 50$ pour atteindre les 160 dollars de l'essence vendue au détail en moyenne la semaine dernière. Au rythme où vont les choses les 4$ en moyenne le gallon d'essence aux États-Unis, soit 168$ le baril, sont à portée de vue.
En Europe il est intéressant de suivre le cas de la France qui a depuis de longues années, avec l'instauration de la TIPP en 1928 sous Raymond Poincaré, maintenu une politique de carburants chers. En 2008 cette taxe a rapporté au budget de l'État 28 milliards d'euros ce qui rend anecdotique et ridicule la défunte taxe carbone qui avait tant agité le cocotier environnemental. Sous l'impact des prix, des mesures d'incitations gouvernementales de type Bonus-Malus et autres Primes à la Casse, les consommations en volume de carburants par les ménages français reculent depuis une décennie (FIG.II).
Ce résultat issu d'une excellente étude statistique menée sur les données entre 1985 et 2006 par Lucie Calvet et François Marical, montre l'élasticité de la demande en carburant à la montée des prix. D'après ces auteurs une augmentation des prix des carburants de 10% se traduit par une baisse des consommations en carburants des ménages de 2,5% à 3,5% à court-terme et par une baisse de 6 à 7% à long-terme. Ce résultat est globalement vrai quelques soient les ressources des ménages. La part des carburants dans le budget des ménages tend à se réduire au cours du temps, mais elle dépend fortement du lieu d'habitation. Les habitants ruraux ou péri-urbains étant plus impactés que les habitants de centre-villes ou de Paris.
Un autre paramètre important: la possession d'une voiture et donc les consommations de carburants dépendent beaucoup de l'âge du chef de famille interrogé au sein d'une génération donnée (FIG.III).
La baisse probable du nombre de véhicules par foyer des générations du baby-boom partant à la retraite va participer à ce phénomène d'adaptation des ménages aux contraintes économiques des décennies à venir. Le prix des carburants étant un des paramètres du premier ordre.
Les rusés politiciens qui nous dirigent, devraient donc reprendre fermement en main la fiscalité des carburants qui a eu tendance à se relâcher ces dernières années sous fond de bla-blas écolos, afin de maintenir sous pression et faire reculer les consommations en carburants de nos contemporains. Ils doivent passer par zéro les incantations de l'AIE qui annonce à tue-tête le recul des économies mondiales dès que le pétrole s'apprécie de quelques dollars. Il y a belle-lurette que plus personne n'écoute les prédictions essouflées de cette pythie parisienne.
LIRE le .
LIRE le rapport sur l
Le 18 Avril 2011
Voir aussi : actualités | énergie fossile
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Biocarburants: le maïs va fournir également de l'huile pour biodiesel
Par Raymond Bonnaterre le 14 avril 2011 | (2) Commentaires | Permalink
Les biocarburants sont mal vus des intégristes verts qui nous dirigeront peut-être un jour. Pas assez bios! Pasteur aux chiottes, la fermentation des sucres, la saccharification des amidons...c'est pas propre, ça pollue, ça émet du CO2...même si c'est pour la limonade des enfants. Le maïs c'est pour les tortillas cuites au feu de bois et bourrées de piments qui remplaceront l'entrecôte, parce que manger du steak c'est gaspiller de l'eau. On plantera du riz sur le Plateau des Millevaches...de toutes façons les vaches ça pollue aussi, au biogaz, faudrait capter, trop complexe alors on interdit. Tout le monde "Veg", les éleveurs français en stage dans le delta du Mékong, pour sauver le monde et plus de carburants bios ou pas bios...surtout pas ceux des schistes, interdits, même pas à explorer, tabou obscurantiste...vont tout de même pas voter ça, en procédure accélérée des mauvais coups, le mois prochain au Sénat... nos Grands Sages élevés au petit-lait de la Philosophie des Lumières.
Excusez-moi, je cauchemardais, c'est l'âge! Tout cela pour vous annoncer la nouvelle qui va vous enthousiasmer: à partir des cultures de maïs les industries agricoles américaines produisent non seulement de l'éthanol par fermentation de l'amidon des grains, ainsi que des aliments pour animaux (DDGS) à partir des protéines, 30% en masse de la graine, mais aussi, c'est la dernière, ils envisagent de valoriser l'huile de maïs pour la transformer en biodiesel. C'est ainsi que Poet, le premier producteur d'éthanol américain, annonce que grâce à son procédé low-energy (cold-cook) de fermentation il va pouvoir récupérer l'huile de maïs par un nouveau procédé. En mettant en place cette récupération dans toutes ses usines américaines qui produisent annuellement 1,7 milliard de gallons d'alcool (110 mille barils/jour) il va pouvoir récolter suffisamment d'huile pour la production de 60 millions de gallons de biodiesel. Ce sont donc 3,5% de biocarburants à forte densité énergétique qu'il faudra ajouter au bilan. En parallèle chez Poet ils envisagent de produire de l'alcool par saccharification de la cellulose d'une partie des tiges et des feuilles de maïs, ce seront alors au moins 30% de plus d'alcool qui seront produits à cultures constantes...ils savent pas quoi imaginer pour embêter les Verts et développer leur filière ces red-necks. Ils sont même prêts à troquer les subventions aux raffineries contre une aide à l'extension des pompes à essence proposant les mélanges à la demande, c'est vous dire!
L'EIA dans son Short Term Energy Outlook du mois d'Avril prévoit pour cet été que les véhicules américains brûleront 912 mille barils/jour d'éthanol (9,8% de l'essence en volume) et 46 mille barils/jour de biodiesel (un peu plus d'un pour-cent du gasoil consommé). Les biocarburants (2 millions de barils/jour en 2011 dans le monde), devenus largement compétitifs par la flambée des cours des produits pétroliers, vont constituer une des ressources énergétiques importantes dans les années à venir, c'est pour cela que les Pétroliers (Valero,Total, Shell) s'impliquent de plus en plus dans la filière, en particulier pour les deux derniers, dans l'exploitation de la cane à sucre au Brésil. Des avancées déterminantes pour la filière comme la production de kérosène à partir d'alcool ou la production d'alcool à partir de bagasse sont encore à mettre en place. L'extension à l'Afrique et à l'Asie de ces pratiques seront également déterminantes.
LIRE
Le 14 Avril 2011
Voir aussi : bio-carburants
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Alcoa: croissance à deux chiffres de la demande d'Aluminium dans le monde
Par Raymond Bonnaterre le 12 avril 2011 | (4) Commentaires | Permalink
Dans son rapport du premier trimestre 2011, Alcoa prévoit que la consommation mondiale d'Aluminium de première fusion devrait atteindre les 44,5 millions de tonnes en 2011. Ceci représente une croissance de 11% de la demande par rapport à 2010, elle suit une croissance de 13% enregistrée l'année précédente. Ce score pour 2011 provient d'une croissance de 15% en Asie (26,4 MT), de 6% en Amérique du Nord (5,6 MT) et de 4% en Europe (6,9 MT). Ce sont les secteurs des transports (aéronautique et terrestre) qui sont les plus en pointes. La construction de turbines à gaz participe également à cette embellie.
Remarque: l'Aluminium de première fusion représente 70% environ du métal utilisé, l'autre ressource étant le métal recyclé.
Il est intéressant de procéder à un changement d'unité et de traduire les productions annuelles d'Aluminium de première fusion en consommations d'électricité sur la base d'une moyenne de consommation de 15,7 kWh/kg de métal (FIG.I).
La consommation globale d'électricité pour transformer en 2011 l'alumine en Aluminium peut être estimée aux environs de 700 TWh soit 1,6 fois l'énergie électrique produite en France en 2010. Cette croissance de 77 TWh de consommation d'énergie électrique entre 2010 et 2011 correspond à un appel de puissance moyen supplémentaire de 9000 MW.
Remarque: pour faire un bilan électrique total de la bauxite à l'Aluminium il faudrait rajouter les 2,5 kWh d'électricité par kg d'alu nécessaires à la production de soude destinée à l'obtention de l'alumine. Ceci reviendrait à majorer de 15% les consommations d'électricité représentées ici.
LIRE .
Le 12 Avril 2011
Voir aussi : actualités
Relation entre progression des biocarburants et productions mondiales de céréales
Par Raymond Bonnaterre le 9 avril 2011 | (2) Commentaires | Permalink
Une des convictions largement partagées par nos contemporains veut que la production de biocarburants à partir de l'amidon de certaines céréales (maïs américain essentiellement) vient s'imputer sur une production mondiale aléatoire de céréales destinées initialement à l'alimentation humaine ou animale et marginalement à des applications industrielles. Il suffit pour partager cette conviction de se reporter à l'infographie publiée par le New York Times (FIG.) intitulée sans équivoque "Diverting Food to Fuel" ou Détournement de la nourriture en carburant.
"Plus que jamais, dit le texte, les céréales n'ont été utilisées pour produire des biocarburants plutôt que de fournir de la nourriture. Cette tendance a démarré en 2004 pour atteindre en 2010 une proportion de 6% de céréales utilisées pour les biocarburants. Ce détournement est un facteur contribuant à la montée des prix alimentaires". C'est clair, c'est sans bavure, en une décennie 120 millions de tonnes de céréales sur 370 millions ont produit des biocarburants...à part que cette présentation est trompeuse et que les ratios doivent être précisés. En effet durant la campagne 2009/2010 c'est un total mondial produit de 2200 millions de tonnes qui ont été produites comme l'indique l'échelle en rouge que j'ai rajoutée à la droite du graphique initial.
Il est alors possible de réaliser une lecture totalement différente de ce graphe que je vous propose et qui, vous allez le voir, est beaucoup plus complexe mais moins écologiquement correcte. On peut en effet constater qu'entre 2000 et 2010 la production mondiale de céréales s'est accrue de 370 millions de tonnes pour atteindre 2200 millions de tonnes en 2010. Ceci correspond à une croissance de 20% en une décennie soit une progression annuelle moyenne de 1,86%. Cette croissance selon la FAO (LIRE un papier précédent sur ce thème) est due à la fois à la croissance des rendements (+13%) et des surfaces cultivées (6%). Cette croissance des productions de céréales, très vive à partir de 2003/2004, correspond à la montée en puissance de l'utilisation du maïs américain pour produire des biocarburants. L'existence d'un nouveau débouché industriel sûr et en croissance pour le maïs américain a incité les paysans locaux à étendre leurs cultures, à améliorer leurs procédés et à accentuer leur sélection des hybrides les mieux adaptés aux conditions locales (LIRE le papier sur la culture du maïs aux États-Unis). Ils ont ainsi participé à une croissance des productions de céréales dans le monde jamais égalée sur une décennie.
Pour étayer cette vision des faits, il suffit d'examiner les croissances de rendements et de surfaces récoltées de maïs dans le monde durant ces vingt dernières années publiées par la FAO (FIGII). Il apparait que les rendements de ces cultures croissent régulièrement (+39% en 19 ans soit une moyenne annuelle de 1,7%) et que les surfaces récoltées ont fortement augmenté entre 2002 et 2009 passant de 1,37 millions de km2 à 1,60 millions de km2, impact évident du développement de l'utilisation du bioéthanol comme additif dans les carburants. Ce sont 225 mille tonnes de maïs de plus qui ont été produites annuellement entre 2000 et 2009 dont la moitié a alimenté les distilleries d'alcool.
Il est à noter que 120 millions de tonnes rapportées à 2200 cela fait 5,5% des récoltes de céréales, mais aussi que de ces 5,5% près d'un tiers de la charge sont retrouvés sous forme de DDGS (Dryed Distiller Grains) qui correspondent à la part de protéine de la graine qui n'est pas utilisée pour produire du sucre puis de l'alcool. Ces DDGS sont devenus en quelques années une source importante d'alimentation protéinée du bétail, porcins et autres gallinacées. Ils sont sur le point d'égaler même à l'export US les tourteaux de soja (). Il en résulte que la vraie part de céréales en 2010 qui a participé à la production de bioéthanol correspond à 70% de ces 5,5% soit quelque chose autour des 4% et non pas 6% comme affirmé dans le placard militant du N Y Times. Ces 4% correspondent à un peu plus de deux ans de croissance des productions de céréales dans le monde.
En conclusion les besoins futurs en céréales dans le monde devront intégrer la production croissante de biocarburants substituts économiques et devenus indispensables des dérivés du pétrole. Une croissance globale prévisible de la demande en céréales en progression de 20% d'ici à 2020 sera satisfaite par l'accroissement continu des rendements et l'augmentation des surfaces cultivées comme cela a été montré dans un des papiers précédents et réalisé au cours de la décennie . Les céréales serviront à nourrir les hommes, les animaux domestiques ou d'élevage, à produire des biocarburants pour les transports et du biogaz dans certains pays comme l'Allemagne. Dure tâche, mais exaltante et rémunératrice pour les paysans du monde qui seront, espérons-le, de plus en plus africains, indonésiens ou américains du sud et seront aussi satisfaits d'eux qu'un riche paysan du Middle-West ayant rentré et vendu à terme sa récolte de maïs. Le développement d'une large partie de l'Afrique et de l'Amérique intertropicales passera par le développement de l'agriculture. C'est le bon côté humain du Land Use Change qui fait tant frémir les écolos de l'EPA. Accroitre les cultures dans les pays en développement serait-il soudainement devenu un acte criminel? Lisez bien tous les articles dénonçant le développement des terres africaines, indonésiennes ou américaines. Vous-y décèlerez souvent la thèse à la mode qui veut qu'elles devraient rester en friches au nom d'une vision romantique de la Nature cautionnée par d'incertaines émissions de CO2. Allez, il reste encore au moins trois bons millions de km2 dans le monde disponibles pour produire céréales et autres oléagineux qui apporteront nourriture et énergie au monde.
La totalité des surfaces récoltées dans le monde, tous produits alimentaires confondus au sens de la FAO, a connu à partir de 2003 une subite accélération imputable à l'arrivée de grands pays en développement dans la course à la consommation mondiale (FIG.III). Ces surfaces se sont accrues d'un million de km2 en quelques années. Bien entendu, un tel processus qui continue à se dérouler ne peut s'accomplir qu'avec des tensions dans les flux et des excès dans les cours des produits agricoles. Attribuer ces phénomènes en priorité aux biocarburants, même s'ils y participent, me semble bien léger comme thèse.
Remarque: les spécialistes annoncent en ce début Avril une probable baisse des cours du maïs après ceux du sucre des huiles et du blé (FIG.IV). En effet l'USDA vient d'annoncer une stabilisation inattendue des stocks de maïs américains pour 2011 en raison de la compensation de la hausse des consommations prévue pour les biocarburants par une baisse estimée des consommations pour l'alimentation des animaux. Les éleveurs américains vont utiliser de moins en moins le maïs devenu trop cher et vont le remplacer par du blé plus abondant cette année.
Le 9 Avril 2011
Voir aussi : bio-carburants
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